Si l’on considère la ville qui fonctionne ...

Publié le par A_A


Infrastructures

Toutes sortes d’objets, de signes, d’images contribuent à créer le paysage de la métropole contemporaine. Bâtiments, infrastructures, équipements techniques, objets industriels, flux, réseaux se superposent sans solution de continuité apparente ; leur relation à la ville n’est ni spatiale ni formelle. Ils sont pourtant autant de monuments d’une aventure urbaine qui est devenue la nôtre, mais aussi celle de la technique, de l’art, de la littérature, du cinéma… Les limites du territoire de l’architecture s’effacent, les disciplines se croisent, les compétences les plus diverses sont requises pour intervenir sur un champ toujours plus large, inconnu parfois, incertain le plus souvent. [...] 
 

Technique

Pour le meilleur ou pour le pire, le XXème siècle fut celui de la technique. La technique au sens plus large est donc la question la plus importante que nous ayons à traiter. Cependant, High-tech rime définitivement avec has-been. Dans les années 80, la technique, après avoir été l’outil miracle de l’utopie sociale d’Archigram, est devenue un style, en prenant comme leitmotiv les technologies de pointes utilisées dans l’aéronautique, l’industrie automobile ou l’architecture navale. Pièces spéciales – profils, extrusions, attaches –, matériaux extrêmement coûteux issus du gratifiant « transfert de technologie » mais ne trouvant pas d’application dans d’autres bâtiments caractérisant un artisanat d’élite qui voudrait passer pour l’expression juste d’un siècle industriel, alors qu’on est à l’évidence dans le domaine de l’idéologie positiviste (de luxe !)

Si la technique ne peut servir d’idéologie de remplacement, elle doit fournir des hypothèses de travail à l’architecture. La prise en compte des techniques omniprésentes dans la vie de chacun – de la télévision aux moyens de transport, de la machine à laver au téléphone portable – doit être un des champs du projet, tout autant que les techniques appartenant au domaine de la construction. [...]

Périphérie

Si l’on considère la ville qui fonctionne, la notion de centre ou de banlieue n’apparaît plus – ou en tout cas pas aussi clairement. La ville qui fonctionne est celle des gens qui se déplacent, qui consomment. C’est donc la ville des réseaux visibles ou invisibles, des infrastructures, des équipements publics ou commerciaux, des parkings, des stations-services et d’une grande diversité d’objets techniques – du container à déchets à l’autobus ou au tramway.

De ce point de vue, la périphérie fonctionne mieux que le centre muséifié : pollution, bruit, impossibilité de circuler ou de stationner, vétusté croissante et alarmante d’un bâti intouchable, absence de nature… la vision sans fard de la réalité montre que cet idéal de la ville n’existe que comme fantasme. Fantasme paralysant et frustrant, surtout en Europe et plus particulièrement au sud, où l’idée de cité monumentale est la plus solidement établie.[...]


Jacques Ferrier, Stratégies du disponible

Publié dans utopies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article