Des espaces anesthétiques

Publié le par A_A

On observe dans la construction d'aéroports une tendance à la fois à la monotonie de la plate efficacité et à une célébration tapageuse de la forme. Ce n'est pas seulement l'expression de principes équivalents admis dans la culture et dans l'économie : cette tendance exerce aussi un effet anesthétique presque identique sur le spectateur. L'anesthétique qui est selon Wolfgang Welsch le revers de l'esthétique, désigne un état de suppression de la capacité à ressentir. Pour lui, au lieu de favoriser la perception par les sens, l'anesthétique concourt à mettre le spectateur dans une disposition caractérisée par l'absence de sensation, comprise comme une perte, une cessation ou une impossibilité de la sensibilité. Dans une telle situation, l'architecture peut entrevoir la possibilité de contrecarrer l'anesthétisme en favorisant une relation à la réalité qui soit à la fois critique et liée à la perception. Cette tâche, qui demande une pensée et une action esthétique évoluées, nécessite une compréhension extrêmement approfondie du système de forces qui [...] détermine la production de l'espace dans tous ses aspects, y compris dans tous ses aspects anesthésiant.


Marc Angélil, architecte du terminal Midfield de l'aéroport de Kloten, Angélil/Graham et Martin Spühler, 1997.


 
 



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